Les sigles SGPT et SGOT apparaissent encore sur certains bilans sanguins, alors que les laboratoires utilisent désormais les abréviations ALAT et ASAT. Cette coexistence de termes crée une confusion fréquente chez les patients qui cherchent à comprendre leurs résultats. Derrière ces acronymes se cachent deux enzymes hépatiques dont le dosage renseigne sur l’état du foie, mais aussi sur d’autres organes. Leur interprétation ne se résume pas à vérifier si le chiffre dépasse la norme.
SGPT, SGOT, ALAT, ASAT : tableau de correspondance des nomenclatures
La confusion vient d’un changement de terminologie. Les anciens sigles, encore présents dans certains comptes rendus de laboratoire et dans la codification officielle de la Nomenclature des Actes de Biologie Médicale (NABM), coexistent avec la dénomination internationale actuelle.
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| Ancienne appellation | Sigle ancien | Appellation actuelle | Sigle actuel |
|---|---|---|---|
| Sérum Glutamyl Pyruvate Transaminase | SGPT (ou TGP) | Alanine aminotransférase | ALAT |
| Sérum Glutamyl Oxaloacétate Transaminase | SGOT (ou TGO) | Aspartate aminotransférase | ASAT |
SGPT et ALAT désignent exactement la même enzyme, tout comme SGOT et ASAT. Il n’existe aucune différence biologique entre les deux : seule l’étiquette change. Un résultat libellé « SGPT » sur un ancien formulaire se lit de la même manière qu’un résultat « ALAT » sur un bilan récent.
Le terme « transaminase » lui-même vient de la contraction de « transfert » et « amine », décrivant la réaction chimique catalysée par ces enzymes : le transfert d’un groupe amine d’un acide aminé vers un acide cétonique.
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Localisation tissulaire : pourquoi ALAT et ASAT ne racontent pas la même histoire
Si les deux enzymes sont souvent dosées ensemble, leur répartition dans l’organisme diffère de façon significative. C’est cette différence de localisation qui donne à chaque marqueur sa valeur diagnostique propre.
L’ALAT est relativement spécifique du foie. On la retrouve principalement dans les hépatocytes. Quand ces cellules sont endommagées, l’ALAT passe dans le sang, ce qui fait monter sa concentration sérique.
L’ASAT a une distribution plus large. On la trouve dans le foie, mais aussi dans les muscles squelettiques, le coeur, les reins, le cerveau et le pancréas. Une élévation isolée de l’ASAT peut donc signaler une atteinte cardiaque ou musculaire sans lien direct avec le foie.
Cette distinction a des conséquences pratiques pour le médecin :
- Une élévation prédominante de l’ALAT oriente vers une cause hépatique (hépatite virale, toxicité médicamenteuse, stéatose)
- Une élévation prédominante de l’ASAT, surtout si l’ALAT reste proche de la normale, fait rechercher une atteinte musculaire, cardiaque ou une hémolyse
- Une élévation parallèle des deux enzymes, avec un rapport ASAT/ALAT supérieur à 1, peut évoquer une maladie hépatique liée à l’alcool ou une cirrhose avancée
Rapport ASAT/ALAT : un indicateur sous-exploité dans les bilans courants
Les résultats de laboratoire affichent les valeurs d’ASAT et d’ALAT côte à côte, mais le rapport entre les deux est rarement commenté. Ce ratio apporte pourtant une information clinique que la valeur isolée de chaque enzyme ne donne pas.
Dans la plupart des atteintes hépatiques non alcooliques (hépatite virale aiguë, toxicité médicamenteuse), l’ALAT dépasse l’ASAT, avec un rapport inférieur à 1. Quand ce rapport s’inverse et dépasse 1, le médecin envisage une hépatopathie alcoolique ou une fibrose hépatique avancée.
Ce rapport n’a de sens que si les deux dosages sont réalisés sur le même prélèvement et interprétés en tenant compte du contexte clinique. Un effort physique intense dans les 24 heures précédant la prise de sang peut élever l’ASAT (présente dans les muscles) et fausser le ratio.
Transaminases normales ne signifie pas foie sain : la limite MASLD/MASH
La révision internationale de la nomenclature de la stéatose hépatique, actée depuis 2023-2024, a remplacé les termes NAFLD et NASH par MASLD (Metabolic dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease) et MASH. Ce changement de nom s’accompagne d’un constat clinique que les bilans standards ne reflètent pas toujours.
Les sociétés savantes d’hépatologie soulignent que les transaminases ALAT et ASAT peuvent rester dans les valeurs normales malgré une maladie stéatosique significative. Un patient peut avoir un foie gras avancé avec des transaminases parfaitement normales.
Une étude publiée dans le Journal of Biomolecules and Omics Advances confirme cette limite : les valeurs d’ASAT, ALAT et gamma-GT ne corrèlent pas de manière fiable avec le grade de stéatose évalué par imagerie. L’échographie reste l’examen de première intention pour grader la sévérité d’un foie stéatosique.

Ce point change la lecture d’un bilan hépatique. Un patient présentant un syndrome métabolique (surpoids, diabète de type 2, dyslipidémie) ne peut pas se fier à des transaminases normales pour exclure une atteinte du foie. Le médecin peut prescrire une échographie hépatique ou un score non invasif de fibrose même si ALAT et ASAT restent sous la limite supérieure.
Dosage des transaminases : conditions de prélèvement et facteurs de variation
Le prélèvement s’effectue sur un tube hépariné, en général au pli du coude. Le jeûne n’est pas strictement obligatoire pour le dosage isolé des transaminases, mais il est souvent recommandé parce que d’autres paramètres du même bilan (glycémie, bilan lipidique) l’exigent.
Plusieurs facteurs peuvent modifier les résultats sans qu’il y ait de maladie sous-jacente :
- Une activité physique intense dans les 24 heures précédant le prélèvement élève l’ASAT par libération musculaire
- Certains médicaments (statines, paracétamol à doses répétées, antibiotiques) provoquent une élévation transitoire
- Les valeurs de référence varient selon le sexe et l’âge, ce qui rend toute comparaison brute entre deux personnes peu pertinente
- Une hémolyse survenue pendant le prélèvement peut libérer de l’ASAT contenue dans les globules rouges et fausser le résultat
Une élévation modérée isolée justifie un contrôle à distance avant d’engager des explorations complémentaires. La prévalence de l’élévation des transaminases dans la population générale est estimée à environ 10 %, mais moins de 5 % de ces patients présentent une maladie hépatique sévère.
Le dosage des transaminases reste un outil de première ligne, pas un diagnostic en soi. La distinction entre SGPT/ALAT et SGOT/ASAT, purement terminologique, ne change rien à l’interprétation. Ce qui compte, c’est la lecture croisée des deux valeurs, leur ratio, et surtout le contexte clinique dans lequel elles s’inscrivent. Des transaminases normales n’excluent pas une pathologie hépatique, et des transaminases élevées ne signent pas automatiquement une maladie grave.

